jeudi 10 septembre 2009

Laissez moi partir !

Vendredi matin 21 aout. Le soleil brille... c'est bon signe (... enfin j'espère !). Comme mon vol est prévu à 14h20, je décide de faire un court mais intense jogging, une douche et un petit dej. De retour dans ma chambre, je reçois un message téléphonique de Air Canada de Montréal qui m'annonce ne pas pouvoir émettre un billet Gander - Halifax ( env. 800$ CAN) car mon compte n'est pas suffisamment approvisionné. Surprise ! En effet, il y a deux jours, le précédent billet émis pour 2000$ avait été débité de mon compte mais pas encore recrédité (délai de traitement bancaire). Il faut donc trouver une solution immédiatement sinon pas de voyage aujourd'hui !
Encore un peu de stress... Au point où j'en suis...! Quelques coups de fil après, je suis sauvé : mon ami et associé Philippe, me communique le N° de sa carte bancaire et la transaction peut finalement se faire. Ouf !

Direction l'aéroport. Je file revoir mes douaniers préférés ! Ils me remettent mon passeport car mon départ est imminent. Je passe ma valise à la sécurité et une bandelette verte, passée autour de la poignée, valide le bagage. Jusqu'ici tout va bien... pourvu que ça continue ! Je me présente au comptoir Air Canada. Accueilli par une charmante hôtesse, elle met ma valise sur la balance et me demande mon billet et mon passeport. Elle vérifie sur son écran et d'un geste prompt, elle ôte la bandelette verte de ma valise et me demande de patienter quelques instants (ouh la la ! c'est pas bon signe!). Elle revient quelques minutes après avec la responsable qui me signifie simplement que la compagnie ne peut me prendre a son bord pour raison de sécurité. Le ciel me retombe encore sur la tête! Aïe! Calmement, je lui explique que mon planning de vol a été établi la veille par un représentant de la compagnie American Airlines et que toutes les vérifications (y compris celle de Air Canada) ont été faites. No way ! Rien à faire !... Mais quand vont ils me laisser rentrer chez moi ?!... Terre Neuve est un endroit admirable mais faut pas exagérer...
Après quelques heures d'attente à l'aéroport pour voir si la situation évolue, je retourne à l'hôtel Gander où j'attends patiemment de nouvelles instructions d'AA. Etrange sentiment que de sentir mon destin suspendu au bon vouloir d'une compagnie qui va me dire ce que je dois faire... Patience !

En fin d'après midi , je reçois un fax a la réception de l'hôtel pour m'indiquer mon nouveau planning de vols.
Départ dimanche (dans 2 jours, oh non ! :-(  même itinéraire : Gander - Halifax - New York - Paris avec arrivée prévue Paris mardi 25 aout matin. C'est pas possible ! Qu'ai je donc de si "attractif" pour qu'ils me gardent aussi longtemps ?... Mes proches avertis de ce 3e plan de vol, je decide d'aller dormir , le moral dans les chaussettes...

mardi 8 septembre 2009

Je veux rentrer chez moi !

Je me retrouve donc dans les bureaux de la douane à l'aéroport de Gander, pour répondre aux questions des deux officiers. Juste avant l'entretien, je leur demande poliment si je peux appeler une agence de voyage avant l'heure de fermeture imminente, afin de préparer mon voyage de retour. Ils m'accordent royalement cette faveur et mettent à ma disposition un poste téléphonique. Avec l'aide de la voyagiste, j'organise donc mon vol de retour (plusieurs étapes) : Gander, Halifax, Montréal, Paris. Départ demain jeudi 20 aout 14:20 et arrivée prévue à Paris vendredi 21 au matin. Parfait !... hormis un petit détail : presque 2000$ CAN pour cet aller simple !! ... le double de l'aller et retour Paris San Francisco ! Ça tape fort ! mais je n'ai pas vraiment le choix, je souhaite rentrer au plus vite à la maison. Si je savais !...
Les douaniers me posent ensuite une série de questions, toutes plus indiscrètes que les autres... sur ma famille, mon activité, mes voyages... une enquête en quelque sorte !.. je croyais pourtant que j'en étais sorti... Et ils gardent mon passeport jusqu'au moment où je quitterai Gander.
Rendez vous demain matin 9h00 avec les douaniers ... malgré un vol prévu à 14h20. Étrange ...

Je rentre à l'hôtel en passant par le magasin de souvenirs de mon gardien de cellule, pour prendre les cadeaux gravés sur bois et sur verre. Et je suis si heureux d'imaginer que dans 2 jours je retrouverai les miens et mes amis... Quel bonheur ! rien que d'y penser !
Rentré dans ma chambre, je recois un coup de fil d'une journaliste de la TV canadienne CBC qui souhaite m'interviewer avant mon départ. Seule, accompagnée de sa caméra, je la recois dans ma chambre pour raconter mon aventure et témoigner de la réaction démesurée à mon égard. Elle prend des risques: seule face à un "dangereux" personnage comme moi !! L'interview dure une vingtaine de minutes.
Et ensuite dodo! Nuit confortable avec des rêves bizarres d'emprisonnement et des couloirs sans fin (... ça me travaille pas mal cette histoire !)

Le lendemain matin, je me présente comme convenu au bureau des douanes et là, secousse mentale (encore)! Très stoïquement, ils m'annoncent que la compagnie aérienne nationale (Air Canada) ne m'autorise pas à prendre ses avions pour des raisons de sécurité. Et voila, ça y est, je suis dans la boite ... avec l'étiquette "personnage dangereux" ! Donc pas de prise de risques pour la compagnie... Et je fais comment pour sortir d'ici ?!...Ce sentiment d'être prisonnier me parcourt encore l'esprit... ils ont juste élargi un peu les murs !! Mais je veux simplement rentrer chez moi...
Je comprends alors que je ne pourrai pas organiser mon voyage de retour sans l'implication des autorités canadiennes et la compagnie aérienne AA. Toujours sans passeport, je retourne à l'hôtel où la receptioniste s'interroge sur l'objet de mon retour. Mais une employée, compatissante, me demande si je me porte bien car elle avait entendu le matin même à la radio mon histoire... Quelle histoire invraisembable !

Après avoir passé de nombreux coups de fil pour avertir mes proches de l'annulation de mon planning de vols, je rappelle le bureau des douanes pour avoir des nouvelles. No news :-( Attendre, encore attendre... mais combien de temps ?... Si je dois tirer quelque chose de positif de cette malheureuse expérience, c'est la patience ! Je n'arrête pas d'attendre... J'en profite pour faire quelques pas le long de cet ancien fjord qu'est devenu le lac Gander. Endroit magnifique... Ca detend... Enfin (dans mon cas) presque !

En fin d'après midi, je recois un appel d'un representant de la compagnie, Mike, qui m'annonce la fin de mes ennuis ! Ouf ! Il me propose une rencontre à mon hotel ce soir même. Banco ! Espoir d'une porte de sortie... Hi Mike ! nous nous dirigeons vers l'ordinateur de la reception où il verifie le nouveau plan de vols : Gander, Halifax, New York, Paris. Départ demain vendredi, nuit à Halifax, transit à NYC toute la journée (n'y aurait-il pas un vol plus tot pour Paris ?... j'aurai la réponse à cette question plus tard !), et arrivée à Paris CDG dimanche matin... Bon, là encore : pas le choix ! Je lui demande si je n'aurais pas de soucis pour passer la douane US, et il me repond d'un air détaché : "Si tu as des problemes, appelle moi, je te laisse mon portable!" A moitié rassuré, je prend congé de Mike et après un frugal diner, monte me coucher... avec l'espoir de sortir bientôt de ce cauchemar...

lundi 7 septembre 2009

Mon procès: plaider coupable !

Réveillé à 7h00 du matin, je décide de faire un jogging, pour décompresser ! Il pleut des cordes, mais c'est si bon ! ... mouillé dedans , trempé dehors ! Longeant la transcanadienne sur 3 km, je fais le tour d'un admirable petit lac, Cobb's pound (ici, ils appellent ça un etang : 3 km de  perimètre quand même !) et retour à l'hôtel.
Trempé et fatigué et un peu calmé...Une bonne douche, un breakfast (un vrai !) et il va falloir penser à aller au tribunal.

Mais auparavant il faut "pointer" au poste de police RCMP. Un taxi m'y emmene donc. Un policier me présente un formulaire sur lequel il indique l'heure de mon passage. J'y appose ma signature.
Il me reste un peu de temps avant d'aller au tribunal et je repense au gardien de cellule qui m'a emmené hier en voiture à l'hôtel. Il donne un coup de main dans un magasin de souvenirs tenu par sa famille et il personnalise les cadeaux souvenirs en gravant sur verre ou sur bois (cadre, stylo, porte clé). On peut apporter ses propres photos et les faire graver sur différents supports. Classique mais sympa !  J'achète donc quelques cadeaux pour mes proches (famille et amis) sur lesquels je fais graver cette fatidique date du 15 aout en souvenir du soutien moral qu'ils m'ont apporté dans cet épreuve. Je leur en serai à jamais reconnaissant.

Je me rend ensuite à pied au tribunal qui n'est plus qu'à quelques centaines de mètres de là. J'y rencontre mon avocat, Ray et une jeune et jolie journaliste de CBC radio, Jessica, qui souhaite m'interviewer sur mon histoire. Ce serait bien la première personne à avoir ma version des faits...  Je lui explique que le délibéré n'a pas encore eu lieu et que je répondrai volontiers à ses questions après le verdict. 

Quelques instants après, Ray m'invite à le suivre dans une salle d'audience, différente de celle d'hier. Même scénario, dès que le juge pénétre dans cette enceinte, tout le monde se lève (comme dans la pub, mais pas pour les mêmes raisons !). L'audience est ouverte, chacun y va de son plaidoyer:
- les procureurs fédéral et provincial qui chargent et appuient là où ça fait mal (métier pas facile !). Oui, je suis conscient d'avoir mis la trouille aux passagers et à l'équipage (...qui selon moi auraient quand même pu essayer de communiquer), et je le regrette sincèrement;
- l'avocat qui déroule ma vie grâce aux éléments transmis par ma fille et mes amis du bureau - 40 pages de fax pour dire qui je suis ! - ingénieur dans des compagnies internationales, directeur technique dans une société américaine, le marathon de New York, enfin un mec bien sous tout rapport (stop! j'ai les chevilles qui gonflent !), mais Ray n'oublie pas de plaider coupable (ce qui me donne le droit de me taire !)
- et le juge qui sermone en reprenant les charges pesant contre moi, annonce la sentence definitve : 10 ans d'interdiction de territoire canadien et 32000$ d'amende (22000$ US pour la compagnie aèrienne et 10000$ CAN pour la justice canadienne).
Et voila l'affaire est classée. Emballez, c'est pesé ! Disproportion ? Inadéquation ?
Cher payé, en tout cas !
Certains penseront que non, mais je les invite à vivre 3 jours en cellule et payer l'amende en question, et je leur reposerai la question : "addition salée, ne trouvez vous pas ?!..."
J'ai un gout amer dans la tête, un sentiment d'incompréhension, ... d'injustice ?!... une impression de gâchis de temps et d'énergie. Enfin, remets toi, Patrick, regarde devant ! C'est fait c'est fait. Rebondir... Pas facile car j'ai perdu un peu de mon élasticité ! Allez courage!

A la sortie de la salle d'audience, deux officiers des douanes souhaitent me poser quelques questions. Eh bien, oui, à l'arrivée je suis passé directement à la case prison, sans m'arrêter à la case douane !
Je dois signer quelques papiers en cours de préparation par le greffe et je les rejoindrai ensuite dans leurs bureaux à l'aéroport. Dans l'intervalle, je retrouve Jessica accompagnée de son micro et de son magnétophone, qui m'invite à lui raconter mon histoire. L'entretien dure une quinzaine de minutes et elle m'indique que ça passera probablement demain matin sur les ondes de CBC local news. Je prend congé de la jeune fille blonde. Et après avoir récupéré mon dossier au greffe (... étonné de noter que même l'amende due à la compagnie aérienne est à régler dans les 4 prochains mois - comme l'amende pour la justice canadienne) , je prend un taxi pour l'aéroport...

L'épisode judiciaire local est maintenant terminé, il va falloir songer à rentrer au bercail ! Je suis libéré, certes mais pas completement libre : mon passeport est encore entre les mains des autorités canadiennes et mon PC, PDA, Ecogyzer sont entre les mains de la RCMP... A suivre ...

dimanche 6 septembre 2009

Rencontre avec un gangster...

Cette nuit est vraiment bruyante. Les prisonniers se parlent entre eux (en argot incompréhensible...) à travers la petite trappe de leur porte de cellule. Je perçois une certaine excitation qui est probablement due aux convocations au tribunal de certains détenus. Les gardiens ne disent mot... 
 J'attend sagement l'après midi (que c'est long ces heures d'attente enfermé, ne rien faire...) et un policier vient me chercher dans ma cellule. Je récupère chaussures et veste et cette fois-ci : innovation ! Je me vois affublé d'une rutilante paire de menottes, mains devant, avant de monter dans la voiture de police. Boum ! Ça commence bien !... bonjour l'ambiance !...

Arrivés au tribunal , toujours par la petite porte, cette fois ci il y a la télévision. Une camera me filme rentrant dans le tribunal... voila, les menottes, c'était peut être pour les médias ?!... peut être pas ?!... bref !
Dès mon arrivée, Ray, mon avocat, me confirme que la réclamation de la compagnie aérienne s'élève à environ 22000$ US (le montant exact au centime près n'est pas encore connu) et que la justice canadienne me pénalise de 10000$ CAN à régler dans les 4 mois (pour l'amende canadienne seulement). Mais "bonne" nouvelle, je pourrais sortir de cellule aujourd'hui avant même de payer ces sommes. Enfin, la fin de l'enfer !

Avant de rentrer dans la salle d'audience, je suis "stocké" sans chaussures dans une petite cellule... une salle d'attente en quelque sorte, mais beaucoup moins sympa que chez le dentiste ! Et là, je découvre un jeune homme de 18 ans, tout excité, tournant en rond dans ce local exigu, qui attend comme moi son passage devant la cour. Je m'assois tranquillement et nous faisons connaissance... Je comprend alors que je suis vraiment de l'autre côté du mur !... pas du bon , hélas ! Il me demande ce qui m'amène ici et je lui raconte mon histoire... Il éclate de rire surpris d'un tel traitement pour un tel motif  ... Il a l'impression d'entendre un comte pour enfants qui se termine mal ! Je comprend sa réaction car vu de l'extérieur, mon aventure peut faire sourire... voire rire ! Enfin pas moi ! A mon tour, je lui renvoie la question : "mais qu'a tu donc fais pour être là ?". Là c'est déjà moins rigolo ... Il m'explique avec un accent qui m'oblige à le faire répéter de temps à autre, qu'il a braqué avec une arme un "coffee shop" avec un complice et qu'il a blessé deux personnes. Mais pourquoi ? ... "Pour de l'argent !" me répond il avec une sincérité désarmante. Whaoo !! Autant mon histoire l'a fait rire, que la sienne m'a laissé perplexe. Mais qu'est ce que je fais dans cette galère avec ce délinquant survolté entre ces quatre murs ?!...
Il m'explique aussi qu'il s'est rendu de lui même à la police car il avait des remords... Il risque deux années de prison ferme et il me demande : "c'est bien?" , je lui répond du tac au tac : "Non ! mais si tu t'es rendu, cela signifie que tu peux t'en sortir, fondé un famille, travailler, voyager"... On en vient à discuter religion, voyage, apprentissage de langue étrangères... Enfin, là vraiment, je suis sur une autre planète...
Par contre, un sentiment étrange me traverse alors l'esprit : du même côté du mur, on voit les gens qui se trouvent à l'intérieur d'un œil différent... Certainement pas d'excuse car son geste est grave et inacceptable mais de la compréhension dans une certaine mesure et aussi de la compassion... Je crois que je comprendrai dorénavant ce que signifie la dignité pour les détenus... Allez, on se reprend.!

Une policière vient à la porte du local et demande à mon colocataire (... provisoire et momentané) de cellule de s'écarter de la porte et de s'assoir car elle craint une réaction violente. Ce qu'il fait sans se faire prier. Elle me demande de l'accompagner dans la salle d'audience. Bizarrement, je 'n'ai droit à aucune mesure coercitive particulière (pas de menottes ni chaines). L'ambiance a l'air de s'apaiser...
Cette fois ci, le juge est présent ... Il me confirme les dires de mon avocat et précise que je suis relâché aujourd'hui sous surveillance jusqu'à demain après midi (jour du procès). Bon OK ! je pensais que le procès c'était aujourd'hui, mardi, eh bien, non !... faut croire qu'ils y prennent goût (...en tout cas pas moi !), on se revoit demain !! C'est l'annonce la plus chaleureuse que j'ai entendu depuis le début de ce cauchemar : je sors !! Yessss !... Donc "surveillance" signifie que je suis consigné dans une chambre d'hôtel (Ray s'occupe de trouver un hôtel "potable"!) de 19h à 7h du matin et que je dois aller "pointer" à la Police dans la journée...

Avant de repartir à la RCMP pour prendre mes affaires, je suis de retour dans le petit local où le jeune gangster est à son tour appelé pour son jugement. Dans son cas, il a droit aux menottes. Quand il revient dans la cellule, il me confirme sa peine: 2 ans de prison... Lorsque la sentence est tombée, sa famille était en larmes dans la salle d'audience. Et je le vois s'agiter au seul carreau blindé de la porte faisant signe à son complice qui se trouvait dans une cellule de l'autre côté du couloir, qu'il en prenait pour 2 ans. Ça n'avait pas l'air de l'affecter plus que ça !!... A 18 ans, les plus belles années d'une vie ! Quel gâchis !

Le retour à la RCMP: en voiture avec le jeune délinquant menotté et moi (libre) à l'arrière du véhicule de police.  Les gardiens et un policier me rendent l'ensemble de mes affaires, y compris ce qui manquait dans ma valise, sauf mon PC, mon PDA et le module Ecogyzer confisqués dans l'avion. Ils peuvent garder ces éléments jusqu'à 30 jours après le procès comme preuve.

Ray m'a réservé une chambre à l'hôtel Gander. Un gardien de cellule me propose de m'y emmener dans son véhicule personnel. Sympa ! Je lance un bon courage aux autres détenus et je file sans demander mon reste!
Dehors il pleuvait un fin crachin. La liberté est tellement appréciable lorsqu'on en est privé !

L'hôtel Gander: un hôtel très correct situé sur la route transcanadienne N°1, avec vue sur le lac Gander. Voila la vue de ma chambre.


Un lit, un vrai ! , une douche ! Enfin je respirais !... Un telephone : je vais pouvoir annoncer la nouvelle de ma sortie à mes proches...  Le bonheur de les entendre ! Mais il est deja presque 19h00. Couvre feu !!... Allez, bonne nuit (...une vraie cette fois ci !)

Premier jour au tribunal... le goût des chaines !

Je commence à prendre mes marques et, la fatigue aidant, cette nuit j'ai réussi à dormir un peu. J'espère que ce lundi sera mon jour de sortie. Ce matin j'ai rendez vous au tribunal où je dois rencontrer mon avocat (... commis d'office).
Après un petit déjeuner "aux potatoes", un policier me sort de ma cabane(... au Canada! bon d'accord, facile !) et me demande gentiment de mettre mes chaussures et ma veste et de le suivre jusqu'à son véhicule de police. Je m'exécute. Un peu d'air me fera du bien... Pas de bol, il pleut. Quelle importance après tout ! ce n'est quand même pas une excursion touristique ! Juste accompagné par un gardien et un policier, nous nous rendons au tribunal de Gander qui est a l'autre bout de la ville. Nous y sommes en 5 à 10 minutes.


Aucune mesure particulière n'est pris à mon égard (pas de menottes) et nous passons par l'entrée des "artistes". Accueil glacial du shérif qui me fouille au corps (... au cas où ils auraient oubliés de m'enlever une arme ! ... franchement !), me demande d'enlever ma veste et de mettre mes genoux sur une chaise qu'il adosse au mur. Drôle de demande !... Mais je comprends vite : je le vois brandir une chaine reliée par deux menottes qu'il m'accroche aux pieds alors que je suis à genoux sur la chaise. Effet choc garanti ! Alcatraz et Guantanamo réunis ! Alors là, ça me plombe bien le moral !

Accompagné par une jeune femme policier, j'essaie de marcher avec ces engins aux pieds jusqu'au local de l'avocat qui se trouve à une vingtaine de mètres de là... Ce n'est pas très loin, mais en traversant un espace public du tribunal avec les pieds entravés, je comprends la détresse des détenus qui doivent subir de telles humiliations... C'est inhumain.
Je rentre dans ce local exigu où se trouve déjà l'avocat, Ray. Grand bonhomme, courtois et affable, il me salue en français d'un "bonjour" et malgré mes chaines, je prend ça comme un planche de salut. Un mot dans ma langue depuis bientôt 2 journées, ça fait du bien... Hélas, son vocabulaire en français s'arrête à quelques mots de politesse, il continue en anglais à m'expliquer les différentes options qui s'offrent à moi.
Plaidé coupable ou non coupable, voila le choix. Coupable et je sors rapidement (ce que je souhaite de tout mon être) ou non coupable et je rentrerai dans une logique de procès qui peut durer des semaines voire des mois (pas question!). Donc le choix est maigre, et je prends vite la décision: coupable ! Ray m'annonce que dans ce cas, vu la charge qui pèse contre moi (il n'y en aurait plus qu'une : mischief) , mon amende serait de l'ordre de 30000$ environ (20 pour la compagnie aérienne et 10 pour la justice canadienne) ! Paf! encore un choc ! mais où vais je trouver tout cet argent ?... Et quand devrais je la payer ?... S'il faut payer pour sortir de ce trou, alors là, je ne suis pas sorti de l'auberge ... Chaines aux pieds avec 30000$ d'amende, vous imaginez le moral... dans les profondeurs abyssales :-(

L'avocat m'explique que dans quelques instants je passerais devant la cour (mais le juge sera joint par téléphone) et que par conséquent, je devrais revenir demain au tribunal pour que juge, procureurs et avocat statuent sur mon cas. Rechoc! ça n'arrête pas : je ne sortirai donc pas aujourd'hui, encore une journée de taule !! oh non !!
A aucun moment, il n'a demandé à entendre ma version des faits... j'ai compris par la suite qu'en décidant de plaider coupable, il me restait un droit : celui de me taire!
L'entretien a duré 10 à 15 minutes (sans montre, c'est pas évident!) En le quittant je lui laisse les coordonnées de ma famille et de mon associé afin qu'il les contacte car tant que je suis en cellule, j'ai pratiquement plus l'occasion de les joindre.

Avec les chaines aux pieds, je suis raccompagné dans une petite cellule dans l'enceinte du tribunal en attendant de passer devant le juge .. par téléphone ! Le shérif m'enlève les chaines. Quelques temps après, un policier me demande de mettre mes mains dans le dos et me passe cette fois ci les menottes et m'accompagne dans la salle du tribunal. En l'espace de 2 heures à peine , j'ai gouté à deux "plaisirs" inédits (...dans ma vie): les chaines et les menottes ! C'est quand même beaucoup dans la même journée. Trop même ! Objecté quelque chose dans ces conditions : difficile, très difficile !

Dans la salle du tribunal, boisée avec le portrait de la Reine... Elisabeth (Commonwealth oblige !) au dessus du siège du juge, les menottes me sont enlevées et je m'assoies à la place de l'accusé (fauteuil moelleux qui contraste avec les conditions de détention...). Devant moi, de dos, les procureurs fédéral et provincial, mon avocat, et de face une greffière. Sur les cotés (... au cas où !), un officier RCMP et un policier "shérif team". A la place du juge, un poste téléphonique !

La séance démarre lorsqu'on entend le juge qui pose quelques questions aux procureurs puis a l'avocat. Il informe l'assistance qu'il y aura donc une nouvelle séance demain après midi pour statuer sur mon éventuelle sortie de cellule et sur la peine encourue. Tout ça pour ça !?... Pas terrible ! D'autant plus que je retourne dans ma cabane pour une journée de plus. Pas glop :-(

Retour menotté dans la petite cellule du tribunal. On me rend ma veste et direction mon lieu de villégiature RCMP accompagné de mes anges gardiens.
Rebelote, veste et chaussures enlevées, je rentre dans ma cellule et je sens alors que je commence à m'approprier le lieu... sentiment bizarre et ambigüe !

Ce lundi après midi; les gardiens me proposent une douche ... pas collective heureusement (attention au coup du savon !) Waoh! du bonheur! Enfin, je retrouve une part de ma dignité. On m'autorise à changer de vêtement en prenant du linge dans ma valise. Je constate à ce moment là que plein d'objets ont disparu: tous mes appareils électroniques (quelques Ecogyzer pour le séminaire, mon montre de joggueur avec GPS, des chargeurs pour batterie...), et même une bouteille de St Emilion Grand Cru 1993 que j'avais prévue comme cadeau pour notre partenaire à San Francisco). Bon on verra ça après !

Propre, je replonge pendant de longues heures dans mes pensées jusqu'à la nuit. J'ai du mal à trouver le sommeil... J'espère que demain sera la dernière journée dans cet endroit...
Bonne nuit !