samedi 12 septembre 2009

Mon premier vol vers la liberté...

Mon vol St John's - Halifax est à 13h40 et je préfère arriver tôt à l'aéroport en cas de "surprise". Je m'attends à tout ! Après une nuit mouvementée car le voisin de la chambre du dessus faisait un potin d'enfer et une pluie diluvienne s'est abattue sur St John's (les effets de Bill), je me dirige dans la matinée vers l'aéroport.
Le cœur serré, je me présente au comptoir d'Air Canada pour enregistrer mon bagage. Que vont-ils inventer cette fois ci ?... L'hôtesse du comptoir me demande mon passeport et les références de mon dossier. Je lui remets tous ces éléments et j'attends sagement pendant qu'elle tapote sur son terminal. Suspense...
Elle enregistre ma valise, édite la carte d'accès à bord, et me la tend avec mon passeport. Je rêve ! Et elle me souhaite même un bon voyage... Merveilleux, je n'avais plus l'habitude !... Soulagé, balbutiant un "thank you" ému, je réalise que c'est le premier vol que je vais prendre depuis ce samedi 15 aout où tout à commencé. Je n'en croyais pas mes oreilles... après toutes les difficultés rencontrées à Gander...

Bref ! Le soleil pointe le bout de son nez, Bill était passé dans la nuit au large de St John's. Feu vert pour Halifax. A l'issue d'un vol rapide, me voila arrivé à Halifax. Je file directement au comptoir American Airlines où je devrais embarquer demain matin pour New York (JFK). Mike, le "GO" d'AA, m'avait averti que je serai escorté pour ce vol. La confiance règne !! et aussi pour m'accompagner dans les formalités pour passer les douanes US. Je sens qu'on va pas rigoler. Une hôtesse me dit de me présenter directement demain à 4h30 du matin (le vol étant à 6h30) et là je rencontrerai Bob, mon "escorteur".

Une navette de l'hôtel m'y amène et comme il est 15h00, pour passer le temps, je décide de visiter la ville d'Halifax située à presque 50km. Après avoir déposé mes bagages dans ma chambre, je retourne à l'aéroport d'où je peux prendre un bus ou un taxi pour Halifax. En faisant la queue pour prendre un ticket de bus, j'aperçois un tarif de prix pour les limousines et taxis. Un rapide calcul pour déduire qu'il serait plus avantageux de louer une limousine à trois. Je fais part de ma conclusion à deux autres personnes qui attendent comme moi dans la queue et banco, on monte dans la limo qui nous transporte vers le centre ville. Deux femmes domiciliées à Halifax et qui rentrent de vacances passées dans l'ouest du Canada , m'accompagnent. La limo nous dépose au domicile de l'une d'entre elles et la seconde m'accompagne un bout de chemin dans Halifax. Chaque jour, je me renforce dans l'idée que la communication entre les êtres est la chose la plus importante qui soit pour améliorer la compréhension des choses, la relation entre nous, le partage des ressources... et accessoirement empêcher des déroutements d'avion inutiles ! L'avantage de l'Homme sur l'animal (non doté d'intelligence) réside bien, principalement, dans la qualité de notre communication entre humains. Bon, j'arrête ici ma philo de comptoir... Mais quand même !

Je traverse donc de jolis jardins publics avec kiosque et étang où batifolent quelques canards autour d'une maquette du Titanic, je grimpe à la citadelle, vieux fort d'une ancienne garnison britannique surplombant la ville, et descends ensuite vers le port. Halifax est une charmante ville au style old British  avec quelques "petits gratte ciel" en bordure de la baie et un port touristique d'où partent des bateaux pour voir les baleines au large des côtes de la Nouvelle Ecosse (Nova Scotia comme ils disent ici). L'originalité touristique : des camions amphibies pour visiter la ville et faire un petit tour dans la baie. C'est rigolo !

Il est 19h30 et il faut bien une heure pour rentrer à l'hôtel (bus + navette). Ce soir je ne me couche pas tard car demain matin, embarquement tôt à 4h30 et passage de douanes US sur le territoire canadien. J'angoisse deja !...

Ca y est , je quitte Gander !

Ce dimanche est mon dernier jour à Gander... théoriquement. Mon vol pour Halifax est prévu cet après midi à 14h20 et je jubile de bonheur de penser à ce départ. J'allume le téléviseur et je zappe parmi la trentaine de chaines disponibles jusqu'au canal TV météo. Bill, l'ouragan tropical, poursuit sa route vers les côtes de Nouvelle Ecosse et il frappera très probablement Halifax cet après midi. Par acquis de conscience, je descend à la reception de l'hotel où je peux consulter  les horaires d'avion en libre service sur internet. Voyons... Air Canada, Gander - Halifax : vol annulé :-(  Nooon ! Même la météo est contre moi ! Désarroi total... J'appelle aussitôt mon "organisateur de voyage" qui confirme l'annulation de mon vol de cet apres midi et me demande de patienter (... encore) en attendant un nouvel itinéraire.

Le temps est gris et moi aussi. Quelques heures plus tard, je reçois un fax à la réception pour m'informer de mon nouveau parcours (le quatrième) : Gander - St John's en bus, puis St John's - Halifax demain lundi, Halifax - New York - Paris (arrivée prévue mercredi 26 août au matin). Hôtels à St John's et Halifax réservés. Quelle aventure! Le bus pour St John's (capitale de Terre Neuve située sur la péninsule d'Avalon sur la côte Est) partira de l'aéroport à 17h00. Nouveaux appels à mes proches pour avertir du décalage d'une journée supplémentaire.
Patience...
Je libère la chambre vers 13h00 et me rend à l'aéroport en taxi. Quelques heures d'attente dans cet aérogare provincial, avec cette magnifique exposition sur les premiers aviateurs téméraires qui ont traversé l'Atlantique, et le bus pour St John's arrive. Les 322km qui nous sépare de notre destination, sont bouclés en 4 heures dans un car très confortable. Sur la transcanadienne qui s'enfonce à travers les forêts de sapins, le temps est trés sombre et plus on s'approche de St John's, plus le brouillard s'épaissit.

Arrivés à la gare routière, nous nous retrouvons à plusieurs passagers dans une situation similaire : trouver un taxi qui nous emmène dans un hôtel prés de l'aéroport. En discutant avec une autre passagère du car, je lui propose de partager la course. Elle n'a pas eu le temps de réserver une chambre et le chauffeur appelle l'hôtel pour voir si une chambre est disponible. Par chance, c'est la dernière. Pendant le trajet, elle me raconte son histoire qui possède un point commun avec la mienne : une semaine après mon vol Paris Boston, donc hier, elle a été la cause d'un déroutement d'avion sur Gander. Bienvenue au club ! Elle a eu une syncope en plein vol et le commandant de bord n'a pas eu d'autre choix que d'atterrir en urgence à Gander. Revenue à elle, elle a été placée en observation à l'hôpital et a pu en sortir après quelques heures. Elle est physicienne, citoyenne américaine, d'origine yougoslave et doit rejoindre son domicile à Pittsburg au plus vite, malgré Bill. Un clin d'œil de la quotidienneté !

Arrivés à l'hôtel, il était deja tard. Demain, direction Halifax... Chaque jour sa peine! L'essentiel était d'avoir quitté Gander. Bonne nuit ;-)
 

vendredi 11 septembre 2009

Quand Bill , l'ouragan s'en mêle !

Je dois donc passer ce samedi à Gander, cette paisible ville de centre Terre Neuve située le long du lac Gander.
De quoi me plains je?... je suis sorti de cellule... Baskets aux pieds, un petit jogging (10km) va me faire du bien. Direction une forêt aménagée le long de la transcanadienne. Malgré, une météo maussade, cet endroit est merveilleux : entretenu par des volontaires écolos, un parcours aménagé en pleine nature sillone cette forêt composée de multiples espèces d'arbres et de nombreux panneaux explicatifs le jalonne tout du long. Un clin d'oeil : je m'arrête devant une pancarte indiquant qu'à cet emplacement, un bombardier americain s'est "crashé" ici pendant la seconde guerre mondiale. Quelques debris de moteur gisent sur le sol comme preuve de ce tragique évenement. Ah... les avions, ca me poursuit ! Il faut preciser que Terre Neuve fut le lieu de prédilection des aventuriers aeronautiques du debut du 20e siecle, lors des premieres traversées transatlantiques. Une exposition leur est d'ailleurs consacrée à l'aeroport.

Revenu à l'hôtel sous la pluie, je m'installe dans la chambre pour écrire quelques lignes de mon histoire. Et je regarde d'un œil distrait, sur le canal TV météo, l'évolution d'un ouragan qui a pris naissance dans la mer des Caraïbes quelques jours plus tôt. Celui ci a été surnommé Bill ! Why not ! Inquiet sur sa progression, je tends l'oreille. Il semblerait qu'il s'approche inéluctablement des côtes de la Nouvelle Ecosse et notamment d'Halifax. Halifax où mon vol de demain doit atterrir en milieu d'après midi... Pas de chance !
Bill, de catégorie 1, développe des vents de 110 à 130km/h. Dans ces conditions, un avion ne peut atterrir en toute sécurité (... rien a voir avec la patafix !) et la raison voudrait que les vols soient annulés... Particulièrement concerné par ce phénomène naturel, j'appelle Mike sur son portable, le représentant d'American Airlines qui "organise" mon voyage de retour.. "Mike, es tu certain que mon vol de demain sera maintenu ?..." lui demande-je fébrile. "Ne t'en fais pas, tout va bien se passer ! Ce n'est pas ce petit coup de vent qui va modifier ton programme!" me repond-il d'un ton assuré... Pas vraiment convaincu, je raccroche et je suis avec attention l'evolution de Bill à la télé ! Il se peut que sa route soit détournée et que l'impact sur Halifax soit mineur. Je croise les doigts ... Attendons Dimanche.

jeudi 10 septembre 2009

Laissez moi partir !

Vendredi matin 21 aout. Le soleil brille... c'est bon signe (... enfin j'espère !). Comme mon vol est prévu à 14h20, je décide de faire un court mais intense jogging, une douche et un petit dej. De retour dans ma chambre, je reçois un message téléphonique de Air Canada de Montréal qui m'annonce ne pas pouvoir émettre un billet Gander - Halifax ( env. 800$ CAN) car mon compte n'est pas suffisamment approvisionné. Surprise ! En effet, il y a deux jours, le précédent billet émis pour 2000$ avait été débité de mon compte mais pas encore recrédité (délai de traitement bancaire). Il faut donc trouver une solution immédiatement sinon pas de voyage aujourd'hui !
Encore un peu de stress... Au point où j'en suis...! Quelques coups de fil après, je suis sauvé : mon ami et associé Philippe, me communique le N° de sa carte bancaire et la transaction peut finalement se faire. Ouf !

Direction l'aéroport. Je file revoir mes douaniers préférés ! Ils me remettent mon passeport car mon départ est imminent. Je passe ma valise à la sécurité et une bandelette verte, passée autour de la poignée, valide le bagage. Jusqu'ici tout va bien... pourvu que ça continue ! Je me présente au comptoir Air Canada. Accueilli par une charmante hôtesse, elle met ma valise sur la balance et me demande mon billet et mon passeport. Elle vérifie sur son écran et d'un geste prompt, elle ôte la bandelette verte de ma valise et me demande de patienter quelques instants (ouh la la ! c'est pas bon signe!). Elle revient quelques minutes après avec la responsable qui me signifie simplement que la compagnie ne peut me prendre a son bord pour raison de sécurité. Le ciel me retombe encore sur la tête! Aïe! Calmement, je lui explique que mon planning de vol a été établi la veille par un représentant de la compagnie American Airlines et que toutes les vérifications (y compris celle de Air Canada) ont été faites. No way ! Rien à faire !... Mais quand vont ils me laisser rentrer chez moi ?!... Terre Neuve est un endroit admirable mais faut pas exagérer...
Après quelques heures d'attente à l'aéroport pour voir si la situation évolue, je retourne à l'hôtel Gander où j'attends patiemment de nouvelles instructions d'AA. Etrange sentiment que de sentir mon destin suspendu au bon vouloir d'une compagnie qui va me dire ce que je dois faire... Patience !

En fin d'après midi , je reçois un fax a la réception de l'hôtel pour m'indiquer mon nouveau planning de vols.
Départ dimanche (dans 2 jours, oh non ! :-(  même itinéraire : Gander - Halifax - New York - Paris avec arrivée prévue Paris mardi 25 aout matin. C'est pas possible ! Qu'ai je donc de si "attractif" pour qu'ils me gardent aussi longtemps ?... Mes proches avertis de ce 3e plan de vol, je decide d'aller dormir , le moral dans les chaussettes...

mardi 8 septembre 2009

Je veux rentrer chez moi !

Je me retrouve donc dans les bureaux de la douane à l'aéroport de Gander, pour répondre aux questions des deux officiers. Juste avant l'entretien, je leur demande poliment si je peux appeler une agence de voyage avant l'heure de fermeture imminente, afin de préparer mon voyage de retour. Ils m'accordent royalement cette faveur et mettent à ma disposition un poste téléphonique. Avec l'aide de la voyagiste, j'organise donc mon vol de retour (plusieurs étapes) : Gander, Halifax, Montréal, Paris. Départ demain jeudi 20 aout 14:20 et arrivée prévue à Paris vendredi 21 au matin. Parfait !... hormis un petit détail : presque 2000$ CAN pour cet aller simple !! ... le double de l'aller et retour Paris San Francisco ! Ça tape fort ! mais je n'ai pas vraiment le choix, je souhaite rentrer au plus vite à la maison. Si je savais !...
Les douaniers me posent ensuite une série de questions, toutes plus indiscrètes que les autres... sur ma famille, mon activité, mes voyages... une enquête en quelque sorte !.. je croyais pourtant que j'en étais sorti... Et ils gardent mon passeport jusqu'au moment où je quitterai Gander.
Rendez vous demain matin 9h00 avec les douaniers ... malgré un vol prévu à 14h20. Étrange ...

Je rentre à l'hôtel en passant par le magasin de souvenirs de mon gardien de cellule, pour prendre les cadeaux gravés sur bois et sur verre. Et je suis si heureux d'imaginer que dans 2 jours je retrouverai les miens et mes amis... Quel bonheur ! rien que d'y penser !
Rentré dans ma chambre, je recois un coup de fil d'une journaliste de la TV canadienne CBC qui souhaite m'interviewer avant mon départ. Seule, accompagnée de sa caméra, je la recois dans ma chambre pour raconter mon aventure et témoigner de la réaction démesurée à mon égard. Elle prend des risques: seule face à un "dangereux" personnage comme moi !! L'interview dure une vingtaine de minutes.
Et ensuite dodo! Nuit confortable avec des rêves bizarres d'emprisonnement et des couloirs sans fin (... ça me travaille pas mal cette histoire !)

Le lendemain matin, je me présente comme convenu au bureau des douanes et là, secousse mentale (encore)! Très stoïquement, ils m'annoncent que la compagnie aérienne nationale (Air Canada) ne m'autorise pas à prendre ses avions pour des raisons de sécurité. Et voila, ça y est, je suis dans la boite ... avec l'étiquette "personnage dangereux" ! Donc pas de prise de risques pour la compagnie... Et je fais comment pour sortir d'ici ?!...Ce sentiment d'être prisonnier me parcourt encore l'esprit... ils ont juste élargi un peu les murs !! Mais je veux simplement rentrer chez moi...
Je comprends alors que je ne pourrai pas organiser mon voyage de retour sans l'implication des autorités canadiennes et la compagnie aérienne AA. Toujours sans passeport, je retourne à l'hôtel où la receptioniste s'interroge sur l'objet de mon retour. Mais une employée, compatissante, me demande si je me porte bien car elle avait entendu le matin même à la radio mon histoire... Quelle histoire invraisembable !

Après avoir passé de nombreux coups de fil pour avertir mes proches de l'annulation de mon planning de vols, je rappelle le bureau des douanes pour avoir des nouvelles. No news :-( Attendre, encore attendre... mais combien de temps ?... Si je dois tirer quelque chose de positif de cette malheureuse expérience, c'est la patience ! Je n'arrête pas d'attendre... J'en profite pour faire quelques pas le long de cet ancien fjord qu'est devenu le lac Gander. Endroit magnifique... Ca detend... Enfin (dans mon cas) presque !

En fin d'après midi, je recois un appel d'un representant de la compagnie, Mike, qui m'annonce la fin de mes ennuis ! Ouf ! Il me propose une rencontre à mon hotel ce soir même. Banco ! Espoir d'une porte de sortie... Hi Mike ! nous nous dirigeons vers l'ordinateur de la reception où il verifie le nouveau plan de vols : Gander, Halifax, New York, Paris. Départ demain vendredi, nuit à Halifax, transit à NYC toute la journée (n'y aurait-il pas un vol plus tot pour Paris ?... j'aurai la réponse à cette question plus tard !), et arrivée à Paris CDG dimanche matin... Bon, là encore : pas le choix ! Je lui demande si je n'aurais pas de soucis pour passer la douane US, et il me repond d'un air détaché : "Si tu as des problemes, appelle moi, je te laisse mon portable!" A moitié rassuré, je prend congé de Mike et après un frugal diner, monte me coucher... avec l'espoir de sortir bientôt de ce cauchemar...